Les Yes Men – De l’usage de la “rectification d’identité” pour Bhopal

Les Yes Men sont sans doute l’un des groupes les plus connus de la galaxie des activistes pratiquant le hoax à l’échelle internationale. Ces inventeurs de faux sites Internet et adeptes de l’usurpation d’identité (de multinationales ou d’organisations) sous de multiples identités ont déjà plusieurs actions retentissantes à leur actif ces dernières années. Auteurs d’un livre puis d’un film retraçant leur parcours, les deux Américains à l’origine des Yes Men font aussi de l’autopromotion à usage circulatoire ; faire connaître leurs méfaits est une nécessité impérative pour leur prodiguer un impact, mais aussi, sans doute, pour donner des idées à d’autres éventuels usurpateurs d’identité. À la question : comment devient-on un Yes Man ? ils répondent : « on devient un Yes Man en exposant, en détournant, pour les mettre en évidence, les méfaits d’une puissance malfaisante. Il y a plein de façons de faire ce que nous appelons la correction d’identité. » Cela consiste à emprunter l’identité d’individus ou d’organisations qui font des choses jugées atroces, tout en offrant une image respectable. Munis de cette identité usurpée, les Yes Men veulent montrer le vrai visage de leur cible et la ridiculiser en lui faisant tenir des discours extrêmes. Ces actions politiques sont donc aussi des performances artistiques, qui mêlent stratégie d’usurpation et happening.

https://www.cairn.info/revue-multitudes-2006-2-page-159.htm